Démocratie, lien social et création à l'ère des NTIC

26 & 27 mars 2002
Education populaire et transformation sociale
Colloque organisé par la Fédération française des Maisons des Jeunes et de la Culture
Mantes-la-Jolie

texte introductif sur la problématique générale du colloque

Hervé Le Crosnier

J'ai eu la chance de me connecter à l'internet en 1992, et j'ai tout de suite perçu un grand souffle, notamment le premier jour où j'ai réussi à recevoir les messages d'une 'liste de diffusion', évidemment étatsunienne. Il était 17h, l'ordinateur... enfin, le terminal, vous savez ces bon vieux terminaux en orange sur fond noir, était allumé sur mon bureau et je devais travailler sur le catalogue de ma bibliothèque. Et d'un seul coup une avalanche de messages m'est parvenue du bout du monde. Il y avait des interventions professionnelles, mais aussi un gars, je m'en souviens encore, qui racontait en direct (je n'ai compris qu'après que c'étais en mode différé, j'ai eu sur le coup le sentiment du direct) une intervention de Al Gore dans une réunion sur internet dans l'Ouest des Etats-Unis. Quoi, moi, dans ma ville de province, à Caen, Normandie, j'étais au 'centre du monde'. Chez moi comme partout ailleurs, je pouvais recevoir, directement, des nouvelles produites par des gens comme moi qui relataient ce qu'ils voyaient. Je crois que ce 'miracle' est perpétuellement renouvelé pour tous ceux qui se branchent maintenant comme toujours sur internet. Rappelez-vous cette publicité, il y a deux ans pour un service d'accès gratuit : 'depuis combien de temps avez vous eu une conversation intelligente ''... Si l'on peut être seul dans son village à avoir une passion, il est fort probable que l'on a des centaines de semblables de par le monde. Et l'internet rend le contact possible, à partir d'ici, et pour les gens d'ici.

Peu de temps après, sous l'impulsion de Michel Melot, qui présidait le Conseil supérieur des Bibliothèques, j'ai découvert que je pouvais moi aussi devenir un 'émetteur', tisser à partir de mon 'centre du monde' à moi, de ma ville de province, un réseau de gens qui allaient entretenir une longue conversation, là encore où se mèlent les intérêts professionnels, mais aussi le regard que cela permet de porter sur le monde. Un débat passionnant, qui dure depuis 9 ans, qui a permis de tisser une toile de plus de 9000 bibliothécaires francophones.

La boucle était bouclée : depuis ce terminal aux vingt cinq lignes de 80 caractère oranges, je pouvais recevoir et émettre, je pouvais m'insérer dans des réseaux, dans un immense capital social déjà constitué, et je pouvais construire un nouveau réseau, accumuler ce capital social si nécessaire à la vie personnelle et à la démocratie. C'était avant le règne du 'commerce électronique', mais c'était, c'est, aussi pendant l'émergence d'un nouveau tissu de résistance mondiale aux effets néfastes de l'accroissement vertigineux des inégalités.

C'est internet, nouvel outil pour le contrôle social, mais aussi nouvel outil pour la démocratie; nouveau réseau de pouvoir, mais aussi nouveau lieu d'émergence de contre-pouvoirs.

1 - La nature de l'internet

On doit d'abord s'interroger sur la nature du réseau internet afin de mieux évaluer son impact sur les formes d'organisation et de lien social qu'il peut engendrer.

Car la nature sociale de l'internet est aussi éclatée que la technique qui le sous-tend. C'est une 'interconnexion de réseau', qui laisse donc une large marge d'autonomie aux éléments périphériques (il n'y a pas de coeur de l'internet). Pour autant, l'internet est le coeur lui-même de l'interconnexion de chacun des ordinateurs qui l'utilisent (respect de normes d'interconnexion et d'échange qui définissent justement l'internet : le 'protocole IP').

Au niveau des usages sociaux, internet recouvre le même type de contradiction en marche :

Ce sont visiblement toutes ces facettes de l'internet qui vont nous occuper durant ces deux jours. Gardons-nous de réduire l'internet à une définition trop rigide pour pouvoir prendre en compte la diversité de ses usages, les dangers que certains recèlent, mais aussi les potentialités qui peuvent émerger de la pratique de l'interconnexion.

2 - Internet et l'économie de monopole

On nous dit que nous passons à une 'société de service'. Sur internet, le terme de 'service' commmence à prendre un sens très particulier, qui va bientôt donner le 'la' à tous les usages du mot.

Un logiciel proposé en mode 'service' n'est plus installé sur le poste de son utilisateur. Il est loué au moment de l'usage, en fonction de l'usage. Vous n'avez plus de traitement de texte, vous le louez. Et quand vous le louez, on ne vous facturera pas le module de mailing dont vous ne vous servez pas.... Mais on aura les moyens de vous faire revenir sans cesse au péage pour y acquitter votre location.

De même :

Car le but du service, c'est évidement de vous faire passer au péage. A chaque fois, pour chaque usage. Un contrôle de vos pratiques sociales en prime pour mieux vous vendre les nouveaux services par le biais du 'marketing one to one'.

Internet nous révèle les nouvelles pratiques des 'monopoles de la convergence' (on parle de convergence quand tous les médias tendent à n'utiliser qu'un seul réseau, numérisé de bout en bout). Plus besoin de s'entendre sur les prix comme au temps des cartels, il faut capter la 'life-time value' d'une personne pour lui vendre tout au long de sa vie tous les services dont elle pourra avoir besoin. D'autant mieux que l'on connaîtra l'état de son compte en banque, vu que le banquier est dans la combine, qui vend lui aussi son 'service' sur le 'portail'. Regardez avec cet oeil là le projet de portail commun 'gratuit' pour les sociétaires que va lancer à l'automne le Crédit agricole, TF1 et une entreprise de télécommunication dont nous tairons le nom... Regardez le glissement de Microsoft d'une entreprise de logiciel à une entreprise multiservice en réseau. Regardez enfin les raisons de la crise boursière des valeurs de la 'nouvelle économie' : si les banques avaient laissé faire, ce sont les compagnies de téléphones qui auraient racheté les banques pour mettre en place ces gigantesques 'centre commerciaux en mode service'.

3 - les résistances de la convergence

Heureusement, le futur n'est jamais écrit. Le simple fait de dénoncer, de porter à la lumière, une tendance peut aider largement à la contrecarrer. Car cette tendance au monopole de type péage vient se heurter à un autre usage du réseau internet : l'éclatement, l'échange de pairs-à-pairs, le fourmillement de la société civile.

Chacun connaît le rôle joué par l'internet dans la mobilisation de Seattle qui a pu bloquer le phénomène de mondialisation économique libérale en faisant jouer une mondialisation des réseaux humains. Ce phénomène est étudié de près par le brain trust de l'armée étatsunienne qu'est la Rand Corporation. Sous le titre 'social netwar', la Rand décrit la capacité nouvelle des réseaux à se focaliser (swarming) sur des actions plate-forme. Chacun vient sur l'action avec ses objectifs propres (y compris physiquement avec les 'groupes d'affinité'), et c'est cette convergence qui assure le succès. C'en est fini des oppositions dichotomiques du temps de la guerre froide. Nul n'est tenu à 'choisir son camp' en gommant la richesse populaire de la diversité. De plus, dans cette configuration, les pays du Sud, et notamment les réseaux militants du Sud, qui sont aujourd'hui les plus actifs, peuvent participer pleinement, tant par leur présence que par leur capacité à inscrire leurs thèmes, leurs exigences, leurs propositions dans l'agenda mondial. Ce sont les réseaux 'Focus on global south' de Walden Bello .... ou 'Third World Network' de Martin Khor. C'est bien évidemment l'expérience de Porto Alegre qui vient s'inscrire dans notre quotidien, dans nos réflexions et échanges parce que plus aucun média ne peut faire obstacle à la diffusion de l'information. Le réseau passe au-dessus des points de blocage. L'information va toucher directement celles et ceux qui peuvent la comprendre, s'en servir pour faire évoluer leur propres propositions. Pour toucher ceux qui vont savoir la transmettre, la 'faire-suivre' auprès de leurs propres réseaux. Jouer l'interconnexion plutôt que la caporalisation : nous allons vers un nouveau mouvement mondial des non-alignés, les non-alignés de partout, de toutes les multitudes, dans lequel l'internet va jouer un rôle fondamental.

Mais cette opposition proprement politique et sociale à l'échelle mondiale n'est qu'un des exemple de la stratégie du fourmillement que permet l'internet. On en trouve aussi d'autres traces dans d'autres pratiques sociales :

4 - les nouveaux services publics

En complément de l'action des citoyens pour organiser un autre usage de l'internet, il reste des problèmes nouveaux posés à la puissance publique, à toutes les échelles, depuis le niveau local et national jusqu'aux propositions internationales.

Quand 10% d'une population seulement a accès à un bien, les autres ont le sentiment qu'ils peuvent facilement s'en passer. La question change de nature quand c'est un tiers de la population qui utilise l'internet, comme aujourd'hui en Europe, et que les médias en parlent à longueur de journées. Offrir à tous des capacités d'accès, mais aussi des formations permettant de garantir l'autonomie d'usage de l'internaute, deviennent des questions d'aménagement 'numérique' du territoire qui sont fort sensibles.

L'accès à l'internet doit il être conçu comme un investissement d'infrastructure par les pouvoirs publics ? Une région, une ville bien irriguée avec les réseaux de communication peut attirer les entreprises, les centres de recherche,... La décentralisation peut connaître un nouvel essor, si les réseaux de haute capacité et les réseaux humains de compétence sont au rendez-vous. Tous ces choix peuvent être débattus avec les citoyens, pour un partage de l'infrastructure entre les besoins de l'économie et ceux de la citoyenneté. Or trop souvent les 'villes numériques' se contentent de la promotion de leurs réseaux pour les seules entreprises. L'enjeu citoyen est soit ignoré, soit réduit à une présentation publicitaire des actions des municipalités. C'est pourquoi il faut encourager les initiatives qui voient plus loin comme à Brest :

Mais au delà de la promotion de l'internet, des questions concernant le developpement à long terme des réseaux se posent :

Plus généralement, alors que le réseau induit une numérisation de nombreuses activités et traces culturelles, comment définir et protéger les nouveaux bien publics globaux qui lui sont associés :

Enfin le statut de l'éducation de base et de la formation continue sont à repenser à la lueur des premières tentatives de privatisation et de mise en concurrence que le réseau permet. Oui, l'internet peut servir à accompagner l'enseignement, mais il faut résoudre la question de l'égalité, de l'accès de tous à l'enseignement, du support public à une éducation indépendante et de qualité. Le libre jeu de la concurrence dans un secteur aussi fondamental que l'éducation viserait à produire toujours plus de savoir-faire directement applicables et à freiner la diffusion de connaissances transmissibles. Enseignant dans le domaine des technologies de l'internet, je connais déjà cette pression émanant des entreprises du secteur, qui veulent que nous formions à tel ou tel logiciel, alors que mon rôle d'universitaire est de permettre aux étudiants d'acquérir la compréhension générale des technologies qui leur permettra de s'adapter le moment venu aux savoir-faire dont ils auront besoin à l'instant t dans l'entreprise x. Qui leur permettra aussi d'envisager des poursuites (ou reprises) d'étude tout au long de leur vie.

L'éducation, c'est offrir aux individus les moyens de leur autonomie et la capacité de mettre en perspective ce qu'ils sont amenés à faire, comme employé et comme citoyen. Certes, aux côtés de l'école, de nombreuses autres instances éducatives peuvent trouver une place. Tantôt privées à but lucratif, justement pour la formation spécifique aux savoir-faire, tantôt privées sans but lucratif, comme les grandes associations d'éducation populaire, telle la FFMJC qui nous accueille aujourd'hui.

Mais la défense d'un enseignement laïc, gratuit et obligatoire reste essentielle. Tout comme est essentiel l'inclusion dans cet enseignement des nouvelles technologies de la communication : analyse de l'image, usage de l'internet, maîtrise des outils d'échange. Surtout quand le renouvellement technologique et l'explosion de nouvelles questions de citoyenneté oblige à une formation sur le long de la vie.

5 - la question des droits d'auteurs : création culturelle et société de surveillance

Il me semble très intéressant qu'un long temps de débat soit accordé à la question des droits d'auteurs dans ces rencontres. La numérisation et la transmission par réseau des oeuvres vient changer profondément les méthodes de réalisation des droits d'auteurs.

Les droit d'auteurs sont des droits d'équilibre entre le besoin des créateurs d'obtenir les moyens de vivre à partir de leur art et le besoin de toute la société d'hériter des créations pour élargir les compétences globales de l'humanité. Dans le droit d'auteur, cela se traduit par l'existence d'un 'domaine public', d'exception d'usage pour l'éducation ou la recherche, du droit de citation et de critique, du droit à la copie privée...

Or aujourd'hui, les intégristes du droit d'auteur ne voient plus qu'un seul côté de la balance. Il ont réussi à faire passer un message simple mais trompeur : il faut payer pour chaque usage d'une oeuvre. Bien évidemment, chacun vibre un peu pour l'auteur qui serait volé par les copies, par le prêt en bibliothèque, par la diffusion de cassettes entre copains,... On croit aider Flaubert, et on se retrouve embauché au service de Vivendi, de Disney, d'Elsevier ou de Microsoft...

Dans le monde des artefacts, les droits d'auteurs sont négociés au moment de l'industrialisation (édition du livre, pressage des disques, mise en salle des films ou diffusion des émissions). Avec le réseau on assiste à un basculement vers une négociation ayant lieu au moment de l'usage de l'oeuvre : licence pour un nombre défini d'écoutes, interdiction de copies personnelles, licences adaptées à tel matériel, refus du prêt des oeuvres numériques,... Or ces changements ne sont pas du tout en droite ligne du droit d'auteur antérieur qui est, je le répète, un droit d'équilibre, et cela depuis le premier Statut d'Anne, ancêtre de tous les droits d'auteurs. Ces changements imposent de réflechir à nouveau collectivement, en pesant les intérêts des créateurs et ceux de la société, en ne masquant pas les intérêts patrimoniaux des producteurs et diffuseurs derrière la figure de l'auteur.

La révolution étatsunienne, l'indépendance vis à vis de l'Angleterre, a pu être possible parce que les journaux des villes des treize provinces pouvaient reprendre les informations provenant des journaux des villes voisines et faire ainsi circuler les nouvelles et organiser autour de ces informations les réseaux humains qui conduiront à la mise en place de la République. L'information est un objet social, et pas seulement un bien privé lancé sur un marché des biens symboliques.

Il convient de repenser politiquement les droits d'auteurs, en fonction du type d'oeuvre (une photo satellite n'est pas une oeuvre de création comme une pièce de théâtre), du type d'usage (va-t-on interdire l'apprentissage à l'école des oeuvres contemporaines '), et en respectant les capacités d'usage privées de l'oeuvre (copies pour soi-même et son réseau de proches, qui deviendront des futurs acheteurs, pas forcément de l'oeuvre copiée, mais d'une autre oeuvre qu'ils feront circuler ensuite dans leur réseau social).

Il convient d'éviter de tomber dans le piège du paiement à l'usage, comme l'instaurerait un 'droit de prêt' dans les bibliothèques, et contrer les propositions démagogiques. Non, on ne vole pas un auteur quand on utilise une oeuvre que l'on a pas acheté, on fait circuler la culture. Ce qui nous conduit à acheter d'autres oeuvres. On ne vole pas un producteur de tubes musicaux quand on fait une cassette pour la voiture : le succès public, gagné par l'usage même de ces duplications lui a déjà rapporté les moyens de vivre,...

6 - capital social et symbolique contre capital économique

En conclusion de ce déjà trop long exposé, je voudrais souligner les capacités de l'internet à renouveler les pratiques démocratiques. Les démocraties modernes sont de plus en plus confrontées à des décisions qui mettent en jeu des conséquences graves, à long terme, dans une situation incertaine et pourtant généralement occultées par les 'experts' de chaque domaine précis (qu'on pense à la question des OGM, du nucléaire et de ses déchets ou encore du réchauffement climatique).

Les citoyens sont en général tenus à l'écart des décisions. Ce sont les lobbies qui font pour nos politiques les textes de référence et le travail de 'conviction', quitte à employer les armes de la prévarication comme vient de nous le montrer l'affaire Enron aux Etats-Unis.

Or les citoyens ont besoin que se créent d'autres expertises sur ces domaines. Ils ont besoin que les informations contradictoires circulent, s'opposent, se défendent devant le 'tribunal de la raison'. Nous ne pouvons plus faire confiance à la 'science' pour trancher à notre place. L'exemple de l'intervention des malades dans les réseaux de recherche sur le sida menée par Act-Up montre bien que les citoyens, quand ils font jouer leur intelligence collective, peuvent acquérir des connaissances et des méthodes qui les placent sur le même plan que les experts, souvent auto-proclammés et autorisés de leur propres intérêts (songeons à la propagande des multinationales du tabac, ou aux revendications des victimes de l'amiante face à l'arrogance des producteurs).

L'internet est un formidable outil pour l'explosion de ces savoirs coopératifs, de ces réseaux de contre-expertise, de cette capacité à permettre à chacun d'enrichir les références communes. C'est un outil pour faire circuler l'information et infléchir les décisions.

Plus généralement, quand le "capital économique" et le "pouvoir militaire" sont concentrés en très peu de mains, les multitudes ont comme outil d'opposition leur 'capital social' (la capacité à s'échanger des informations et à se mobiliser mutuellement pour obtenir des avancées et des protections sociales) et leur 'capital symbolique' (les images culturelles qu'elles peuvent se renvoyer à elles-mêmes, avec l'aide et la participation active des artistes). Or l'internet est un moyen extraordianire de construire du capital social.

Outil d'expression, l'internet permet à chacun de diffuser ses idées, ses opinions. Outil de duplication, il permet de faire circuler ces productions, de redistribuer, éventuellement d'enrichir de commentaires... De nouveaux réseaux sociaux sont ainsi mobilisés pour développer soit des alternatives (par exemple le commerce équitable, ou le financement solidaire), soit des contre-pouvoirs (mouvements d'opposition aux rencontres internationales des dominants comme à Seattle). Les connaissances et le débat collectif sont d'emblée au même niveau que ceux que tissent les agents de pouvoir. Ils peuvent créer une nouvelle perspective pour construire un monde plus juste et éviter les conséquences dramatiques qui se tissent autour de la situation mondiale actuelle et des inégalités qu'elle engendre.

Mais la construction de ces réseaux sociaux demande des savoir-faire (et aussi des savoir-être) spécifiques. De nouvelles compétences pour une nouvelle démocratie. Les syndicalistes du début du siècle apprenaient à lire et à écrire pour rédiger les tracts, pour convaincre leurs collègues et organiser les revendications. Les activistes du 21ème siècle vont devoir apprendre à manier le clavier et la souris, à respecter les rythmes et les procédures sociales propres à ces nouveaux outils, à la fois plus relationnels (on parle comme entre amis quand on veut construire le consensus qui prélude aux grands mouvements) et plus intrusifs (la messagerie est encore perçue comme un outils très proche de celui qui reçoit, ce qui engendre des comportements très différents de la simple lecture de journaux).

Les associations d'éducation populaire du milieu du siècle dernier ont accompagné une forme de réflexion populaire adaptée aux contraintes technologiques (qu'on pense aux ciné-clubs) et aux perspectives politiques de cette période (principalement organisées dans le cadre des états-nations, et renvoyant centralement à la lutte sociale dans l'entreprise).

Comment ces associations d'éducation populaire vont-elle aborder le changement de siècle et avec lui le changement d'outil technologique (le réseau, ou plutôt 'les réseaux interconnectés") tout comme l'ouverture des perspectives (dimension mondiale des problèmes, centralité de la crise écologique, persistance de la misère dans les pays du Sud et accroissement des inégalités) ?

Je remercie la Fédération française des Maisons des Jeunes et de la Culture, association d'éducation populaire, d'avoir organisé ces rencontres pour en débattre et de m'avoir permis d'exprimer en introduction ces questionnements devant vous.

Hervé Le Crosnier
Caen, le 25 mars 2002

Remerciements :

Ce texte a été rendu possible grâce à l'amitié et aux pressions qui vont avec de :

Je remercie tout particulièrement Jack Kessler, éditeur de la lettre d'information FYI France qui a réalisé la traduction anglaise de ce texte. Jack est, et restera, pour moi la personne qui m'a permis d'avoir mes premières relations sur internet, notamment le premier lot de messages émanant de la liste de bibliothécaires PACS-L dont je parle dans l'introduction de cet essai. En effet, par habitude, l'administrateur système de mon université avait laissé un accent sur mon prénom... ce qui m'empêchait de recevoir des messages. C'est Jack, que je ne connaissais pas à cette époque, qui a capté un de mes SOS et a su décrypter l'en-tête pour trouver le problème. Je lui en serais toujours reconnaissant, sans parler du reste et notamment de l'aide qu'il m'a apporté lors de la création de BIBLIO-FR.

Vous pouvez citer ce texte et le faire circuler comme vous voulez.

Je remercie la Fédération française des Maisons des Jeunes et de la Culture qui a rendu ce texte possible, et qui va diffuser les actes des deux journées passionnantes de Mantes-la-Jolie. L'édition de référence de ce texte sera celle que la FFMJC publiera au printemps 2003.

 

Version en anglais
Traduction par Jack Kessler
(merci beaucoup Jack)

Page personnelle de
Hervé Le Crosnier